Les mécanismes qui favoriseraient le développement des projets d’infrastructures en Afrique, par Senturel N’GOMA MADOUNGOU, Consultant International au CABINET PÉRONO CONSEILS
Ce texte est un extrait de l’intervention de Senturel N’GOMA MADOUNGOU à l’Assemblée Nationale Française à l’occasion de la 6ème conférence internationale sur la croissance partagée et multilatérale avec l’Afrique, organisée par Croissance Peace en 2023
Le développement repose avant tout sur deux facteurs de production.
Le capital et le travail.
Dans une économie mondiale largement internationalisée, les économies africaines sont encore fragiles, trop peu productrices et trop peu diversifiées.
Les niveaux de développement étant hétérogènes, souvent portées dans le cadre des pôles régionaux, la coopération et le développement s’érigent donc comme priorité continentale absolue.
Voila pourquoi, le recours à des investissements productifs et à la diversification du financement des économies africaines est une des conditions sine qua none pour intensifier l’utilisation du capital afin de le rendre plus productif au service du développement.
C’est ainsi que le développement des projets d’infrastructures (afin d’optimiser les ressources en Afrique dont regorge le continent) est tout aussi important.
Le contexte actuel marqué par plusieurs incertitudes souligne la nécessité de répondre à la problématique posée à cette table ronde.
Aligner l’épargne excessive et les opportunités d’investissements au-delà des frontières permettrait de créer des situations gagnant-gagnant pour tous les acteurs.
Cet alignement devrait être la première fenêtre à ouvrir.
Car, l’excès d’épargne dans de nombreux pays développés pourrait servir à financer des projets d’infrastructures rentables en Afrique. Cette transaction de niveau mondial rentable et réciproquement avantageuse, n’a pourtant pas eu lieu et incarne l’un des plus grands paradoxes de notre époque.
Au niveau mondial, les investisseurs institutionnels et banques primaires gèrent plus de 100 billions de dollars. Les pays d’Afrique à la recherche de ressources disposent désormais d’une multitude d’options qui vont bien au-delà de l’aide extérieure.
De nombreux nouveaux mécanismes de financements pourraient être mis en place dans tous les pays africains, compte tenu de la situation économique particulière et des structures de production des économies nationales.
Mais, il serait préférable que les pays africains exploitent les fonds publics et les investissements infrastructurels tout en encourageant la participation du secteur privé.
Les différents niveaux de développement des économes africains appellent cependant à une approche spécifique à chaque pays.
Un accès généralisé à des infrastructures de haute qualité ne peut être qu’un objectif à long terme.
Les gouvernements qui ont essayé de l’atteindre sans disposer des ressources nécessaires ont dépensé bien trop d’argent dans des projets à faible rendement et à faible impact sur la croissance industrielle et la création d’emplois.
Cependant, il n’est pas nécessaire pour les pays africains de résoudre tous leurs problèmes d’infrastructures avant de pouvoir réaliser une croissance soutenue et inclusive. Les gouvernements devraient se focaliser sur la meilleure utilisation de leur budget, limité leurs infrastructures avec pour objectif d’atteindre des rendements économiques et sociaux les plus élevés possibles.
Trois solutions simples s’offrent à la communauté financière internationale pour résoudre la question de l’excès d’épargne.
1/. Adopter une politique de taux d’intérêt réel négatifs dans les pays à revenu élevé ; ce qui pourrait générer de l’inflation, mais cette option est techniquement et politiquement difficile.
2/. Utiliser, ensuite, l’excès d’épargne pour financer les investissements publics dans les pays riches. Solution difficile à mettre en œuvre politiquement au regard des réticences vis-à-vis de mesures additionnelles de relance budgétaires et des déficits budgétaires croissants dans les économies riches.
3/. Faciliter, enfin, l’afflux de capitaux vers les pays en développement où il existe de nombreuses opportunités d’investissements rentables qui nécessiteront l’acquisition de biens d’équipements auprès des économies industrialisées.
Les décideurs des pays avancés et en développement devraient s’efforcer de mettre en place les conditions de ce développement harmonieux et de maintenir, voire générer une prospérité durable.
La deuxième fenêtre à ouvrir serait celle des nouvelles sources de financement des infrastructures africaines.
Depuis la forte inflation des années 1970, les taux d’intérêt mondiaux ont chuté. Aujourd’hui, de vastes volumes de capitaux sont en quête de rendements supérieurs à ceux des pays riches. Certains pays africains profitent de ces taux. Les principales tendances sont la titrisation d’émetteurs souverains, ainsi que l’allongement des échéances de la dette en monnaie locale. Outre ces principales tendances, nous exposerons ci-après les nouvelles sources de financement possibles qu’il faudrait ouvrir pour les infrastructures africaines.
1/. Fonds souverains
Les fonds souverains opèrent dans plus de 60 pays et gèrent plus de 7,2 billions de dollars à l’échelle mondiale.
Les fonds souverains africains (plus de 20) représentent une part modeste, mais croissante d’environ 2 milliards de dollars.
2/. Fonds de pension
Les fonds de pension sont potentiellement une source inexploitée très appréciable pour le financement des infrastructures. L’épargne-retraite est très liquide mais ces fonds sont peu enclins à prendre des risques. Même si les rendements peuvent être élevés, ces fonds ne représentent qu’une faible part des investissements africains dans les infrastructures.
3/. Investissement direct étranger
Les IE, l’une des formes d’investissements les moins fluctuantes, représente 70% des flux des capitaux privés vers l’Afrique. Bien que la plupart des flux soient dirigés vers les ressources minières y compris le pétrole et le gaz, il existe un certain potentiel au niveau des infrastructures, tel que les accords PPP dans le secteur de l’électricité.
4/. Marchés obligataires internationaux
L’entrée de l’Afrique sur le marché des euro-obligations s’est accélérée par rapport à l’émission obligataire ghanéen en 2007, qui avait remporté un vif succès. Cette situation est alimentée par la faiblesse des taux d’intérêt internationaux et, dans la région par la faiblesse de la dette publique et une croissance domestique rapide. Le marché des euro-obligations offre un créneau pour le financement des infrastructures.
5/. Fonds liés aux infrastructures
Le fonds pour infrastructures Africa50, compte 25 actionnaires ayant des liens d’investissements avec l’Afrique, y compris des souscriptions de la Banque Africaine de Développement (BAD) d’un montant de 830 millions de dollars au capital initial. Créé pour faciliter le développement des infrastructures en Afrique, ce fonds sert de pont entre les secteurs public et privé et joue un rôle moteur dans la structuration des projets.
6/. Autres institutions financières internationales
Enfin, il ne faut pas oublier la Nouvelle Banque de Développement (NDB), active à l’échelle internationale, soutient le financement des énergies vertes et renouvelables. Son premier engagement en faveur du développement des infrastructures en Afrique a été un prêt de 180 millions de dollars en 2016 à la compagnie d’électricité publique Sud-africaine pour des lignes de hautes tensions.
Il faut aussi penser à la Banque Asiatique d’Investissement dans les Infrastructures (AIIB) qui, bien qu’elle ne soit pas encore active en Afrique, a décidé qu’elle était disposée à envisager des investissements sur le continent pour renforcer l’intégration régionale et la coopération Sud-Sud.
Senturel N’GOMA MADOUNGOU
Senturel N’GOMA MADOUNGOU est Consultant International en Ingénierie Financière et Affaires Internationales au CABINET PÉRONO CONSEILS. Il intervient sur tous les dossiers ayant de fortes implications financières et au sein du département Lobbying et Affaires Publiques du Cabinet. Pendant près de douze (12) ans, il a exercé plusieurs portefeuilles ministériels au Gabon, en tant que Ministre des PME/PMI, Ministre du Budget, Ministre Délégué chargé du Plan, Ministre Délégué chargé des Travaux Publics, Ministre de la Planification et de l’Aménagement du Territoire.
Il est aujourd’hui Vice-Président Afrique Centrale de Global Alliance Corporation (GLAC).

