Discours du Centenaire du CITI par Pierre-Stanley PÉRONO, Premier Vice-Président (30 novembre 2023)
Ce discours de la Refondation du Conseil International pour la Transmission Intellectuelle (CITI) a été préparé par son Premier Vice-Président de l’époque Pierre-Stanley PÉRONO, séance tenante, pendant les interventions des différents orateurs du Colloque du Centenaire du CITI puis prononcé en guise de synthèse, immédiatement après les interventions des orateurs, à la Maison de l’Amérique Latine à Paris.
En voici la retranscription écrite.
Mesdames et Messieurs,
J’ai l’insigne honneur de faire la synthèse, ce soir, des deux tables rondes, en faisant ressortir les
apports de ces deux tables rondes pour le CITI et son devenir.
Permettez-moi de commencer par ce qui n’a pas été dit, qui n’a pas été apporté.
En prenant mes notes tout à l’heure, comme je n’avais plus de place pour écrire sur mes feuilles, ma voisine m’a passé ce petit carnet, sur lequel j’ai pu lire une proposition qui montre que la promotion des droits de l’autre est toujours la promotion de nos propres droits et nous permet de progresser en dignité.
Je la partage avec vous : « les droits de l’enfant grandissent les hommes ».
Quels apports de ce colloque pour le CITI et son devenir ?
En écoutant nos intervenants, j’ai entendu des mots d’espoir.
Par exemple, Monsieur ZIELENSKI nous apprend que 74% des Français donnent leur confiance aux associations, devant les collectivités locales. Ou encore Monsieur Laurent GREGOIRE m’a appris que le taux du sentiment de citoyenneté à l’égard du monde (citoyenneté mondiale) est de 39% contre 10% ou 12%, je crois, pour le sentiment de citoyenneté nationale.
Mais j’ai également entendu des mots d’inquiétude.
Violence décomplexée, désorientation de nos sociétés, montée de la précarisation, violence légitimée, dans la bouche de Monsieur TRIBOT LA SPIERE. Monsieur Jacques BREGEON nous parle de développement durable qui n’apporte pas de réponses mais que des questions, encore et encore.
Ou encore, la question de la complexité croissante de nos problèmes, dans la bouche de notre Président d’honneur Monsieur Pierre-Julien DUBOST. Ou encore mon Confrère Michelle JEAN-BAPTISTE qui nous parle de sang et de sueur dans le combat pour la transformation écologique.
Comment alors ne pas se perdre face à un tel tableau ? Comment ne pas capituler ?
Permettez que je réponde en parlant de passion ou bien d’amour tout court, ou encore de fidélité, qui seuls permettent de tenir le cap des engagements afin de parvenir aux plus hautes réalisations, malgré la permanence des ruptures.
À cet égard, « Rien de grand ne s’est accompli dans l’Histoire sans passion » nous explique HEGEL dans son Introduction à la Philosophie de l’Histoire.
La passion qui fait l’histoire, ce n’est pas seulement la haine et l’appât du gain personnel, mais c’est aussi le renoncement à soi pour mieux s’offrir à ce qui nous dépasse, aux grandes causes « sans savoir ce que l’univers entier nous réserve ni même s’il nous réserve une récompense », pour reprendre la parole de Jean-Jaurès.
Quel apport de ce colloque pour le nouveau CITI et son devenir ?
Ce colloque vient rappeler au CITI l’importance et surtout et avant tout l’urgence de ce renoncement à soi que je viens d’évoquer, de cet engagement de l’homme pour l’homme conformément au nouveau sacerdoce du CITI qui est désormais la promotion de la transmission intellectuelle orientée désormais vers l’engagement autour des grands défis sociétaux et environnementaux de la démocratie et de l’État de droit au XXIème siècle.
Ce n’est plus la CTI d’il y a cent ans, ce n’est plus la Confédération des Travailleurs Intellectuels pour laquelle nous disons toute notre admiration, puisque pendant 100 ans ils ont maintenu le flambeau allumé tant et si bien qu’en réalité nous ne sommes que des nains juchés sur leurs épaules de géants.
Ce n’est plus la CTI défendant les intérêts particuliers d’une catégorie de travailleurs donnée, mais le Conseil International pour la Transmission Intellectuelle entendu comme une arme au service d’un développement politique, économique, social et environnemental plus large, conforme aux promesses de la démocratie et des droits de l’homme, entendu dans un contexte plus large de la promesse d’une humanité réconciliée,
Faisant porter par le CITI une cause qui le dépasse et qu’il ne peut porter que par son caractère résolument international dans les liens qu’il continue de tisser avec ses partenaires au sein du Conseil de l’Europe, de l’UNESCO, de l’Organisation International du Travail, de l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle ; mais aussi désormais en Afrique (je pense au RAPEC, le Réseau Africain des Promoteurs et Entrepreneurs Culturels qui est l’un de nos partenaires ; je pense aussi au Congo Brazzaville c’est-à-dire à la Haute Autorité de Lutte Contre la Corruption, notre partenaire ; je pense également à la Côte d’Ivoire avec le Haut Patronat des Commerçants et Opérateurs Économiques de Côte d’Ivoire) ; mais aussi aujourd’hui en Amérique Latine parce que notre Secrétaire Général est le Président de la Chambre de Commerce Latino-américaine.
Je parle de l’urgence de l’engagement de l’homme pour l’homme face aux ruptures actuelles.
Et j’insiste sur ce mot d’urgence et sur ce mot d’engagement beaucoup plus que sur les ruptures elles-mêmes.
La raison en est que presque toute l’expérience historique nous enseigne la permanence des ruptures politiques, économiques et sociales, dans lesquelles il est souvent impossible de situer la ligne de démarcation entre ce qui appartient au passé et ce qui appartient au futur, entre ce qui appartient à la crise et ce qui appartient au remède.
On a parlé tout à l’heure de complexité – On a parlé tout à l’heure de doute, de cette forme d’encerclement, des fois, cognitif ou conceptuel qui nous pousse parfois à douter des dangers ou des problématiques auxquels nous faisons face – le passé ou le remède, la crise ou le remède, s’ornant souvent des paillettes l’une de l’autre et vice-versa, dans une folle danse d’imbrications et d’enchâssement multiples, dans des étirements du passé jusque dans le futur, ou dans des retours en arrière, faisant des ruptures un élément puissamment perceptible comme aujourd’hui mais difficilement saisissable.
Donc la rupture, telle n’est pas la question. La question, et les interventions ce soir ont bien su la faire ressortir, consiste en quelque chose de beaucoup plus particulier, d’exceptionnel aujourd’hui.
C’est le sentiment que nous sommes, de nos jours, à un carrefour d’intensification et d’amplification extrême, sans égale de ces ruptures, qui entraine à son tour une certaine urgence de penser et d’agir.
Je parle d’intensification, mais surtout d’amplification, car tout en restant des répétitions ou des prolongements du passé, ces ruptures nous touchent au cœur et en ce sens elles charrient presque une nature nouvelle – celles de ruptures de nos plus belles espérances, ces grandes promesses que l’esquisse d’un nouvel ordre mondial semblait nous laisser légitimement espérer.
Rupture de l’espérance qu’après des siècles de dur labeur, d’engagement et de lutte, l’humanité parviendrait enfin à maintenir soudée ce lien que les peuples ont eu tant de peine à construire entre les démocraties et les droits humains.
Rupture de l’espérance qu’au sortir de la Seconde Guerre mondiale, après les proclamations des nouvelles indépendances, puis la fin de la Guerre Froide, ce lien ne se desserrerait point.
Les interventions de nos deux tables rondes ont le mérite de nous rappeler cependant à quel point la liberté individuelle, une certaine idée de la justice sociale et de l’égalité, la sûreté même, et les droits sociaux les plus fondamentaux (le droit à la justice, à la santé, à l’éducation, à la dignité) sont fragilisés par la montée en puissance de vieux fléaux, mais qui renaissent sous une forme autrement dangereuse.
C’est-à-dire une forme qui menace de trancher le nœud même de la confiance entre les gouvernés
et les gouvernants, qui menace de casser la légitimité, la foi dans le modèle démocratique et la lutte pour les droits humains.
Confiance, légitimité et foi si consubstantielles pourtant, vitales pour la poursuite du combat pour l’instauration d’une humanité pleinement libérée.
Malgré l’apparent triomphe des droits de l’homme, notre entrée dans le XXIème siècle nous aura rappelé déjà à maintes reprises cette rupture de nos espérances, à travers le retour de la guerre, les crises climatiques et la prédation économique, l’affrontement pour le contrôle des ressources et surtout la montée de la complexité des dangers qui nous guettent.
Et c’est en ce sens que ce colloque, en attirant notre attention sur l’urgence de penser et d’agir, rappelle au CITI ce soir toute l’ampleur de ces dangers et donc l’urgence pour l’espérance humaine.
Et rappelle au CITI par la même occasion combien sa mutation, engagée depuis peu, se justifie pleinement.
Mutation vers la transmission intellectuelle.
Transmission Intellectuelle pour le partage, transmission pour l’ouverture, transmission pour les partenariats et les partages d’expériences, transmission intellectuelle pour le foisonnement du travail de la valorisation, de l’innovation, de l’amplification, et de l’échange dans les domaines du développement.
Mais aussi Transmission Intellectuelle dans le sens particulier du terme intellectuel entendu comme une nouvelle prise de conscience et un nouvel engagement au monde.
Car que serait la Transmission Intellectuelle-Savoirs, la Transmission Intellectuelle-Connaissances, Innovation,, Ingénierie dans un monde complexe sans la Transmission intellectuelle-Prise de conscience, sans la Transmission Intellectuelle-Engagement ?
Il est souhaitable que le CITI ne perde jamais de vue ce second paradigme de la Transmission Intellectuelle qui est la Transmission du Cœur.
Ce Cœur c’est le courage qui permet de tenir contre tous et contre soi-même.
C’est d’abord le Courage de la prise du risque de vouloir travailler à un monde nouveau, plus juste, plus beau, plus heureux.
C’est le Courage de sortir de sa tranquillité quotidienne pour trouver le temps et la force tous les jours de courir après le pain quotidien mais en même de trouver le temps d’œuvrer pour une cause qui nous dépasse.
C’est le Courage contre soi-même, c’est le « courage de tous les courages » que je nomme Fraternité et qui se trouve si admirablement rappelé dans la Charte sociale de l’Europe.
La Transmission Intellectuelle c’est aussi et surtout la transmission de cette conscience sans laquelle toute science « n’est que ruine de l’âme ».
Pierre-Stanley PÉRONO
Pierre-Stanley PÉRONO est avocat d’affaires, inscrit au Barreau de Paris, et Expert en Intelligence économique et Management Stratégique. Il est le Président-Fondateur du CABINET PÉRONO CONSEILS, au sein duquel il intervient sur les dossiers de lobbying, de droit des affaires, de financement de projets et de commerce international. Il est un acteur engagé économiquement et socialement en Europe, en Afrique et en Amérique Latine, à plusieurs niveaux, notamment comme membre de la Délégation du Centre d’Étude et de Prospective Stratégique auprès du Conseil de l’Europe, comme membre du Comité Questions Migratoires de la COING du Conseil de l’Europe, comme Premier Vice-Président de l’Académie Européenne de Strasbourg et comme Expert sur la liste des Experts de la Chambre de Commerce des Caraïbes en Europe.


